Fake news / Entreprises · 16 juin 2026
Fake news en entreprise : l’IA et le manque d’esprit critique favorisent les erreurs
Esprit critique face aux outils numériques
Par Équipe Prometia
Avec l’essor des intelligences artificielles génératives dans les entreprises, les risques liés aux
fausses informations augmentent. En France, experts et formateurs alertent sur le manque
d’esprit critique face à ces outils devenus omniprésents au travail.


Virginie Mathivet a
un doctorat en IA. Elle a créé, en 2023, une entreprise de conseil pour les
entreprises dans ce domaine.
Crédit : AWS Summit Paris
Si vous pensez que seuls vos parents croient que le petit chat qui fait du diabolo est réel, vous vous
trompez. Tout le monde peut croire aux fake news, même vos salariés. Les intelligences artificielles
évoluent sans cesse et la diffusion de fausses informations ne relève plus seulement des réseaux
sociaux. Entre biais cognitifs, confiance dans les outils et méconnaissance de l’IA, plusieurs facteurs
expliquent ce phénomène.
De nouvelles habitudes
Les outils numériques et les intelligences artificielles génératives se sont imposés dans le quotidien
des collaborateurs, dans de nombreuses organisations. Ces technologies sont devenues
incontournables pour trouver des informations, rédiger des contenus et même, parfois, prendre des
décisions. Ces nouvelles habitudes augmentent le risque de tomber sur de fausses informations.
Pendant des décennies, les informations diffusées sur le web ont été perçues comme fiables. Un
logiciel de gestion, un tableur ou une base de données fournissaient des informations considérées
comme exactes. « Les gens pensent que s’adresser à une IA, c’est la même chose que de suivre le
tracé proposé par Google Maps. Ils ont confiance et sont persuadés que c’est la vérité. Mais l’IA ne
fonctionne pas comme un GPS ! », nous explique Virginie Mathivet, experte en intelligence
artificielle.
Si tu me contraries, je ne te crois pas
Les IA génératives utilisent des LLM (Large Language Models). Elles s’entraînent en engrangeant
toutes les informations qu’elles peuvent trouver afin d’apprendre à prédire la suite la plus logique
d’une phrase. En repérant des régularités dans notre langage, elles s’en servent pour générer du texte
cohérent. Mais leurs réponses ne sont pas tirées d’une compréhension au sens humain, mais de
calculs statistiques. Comme tout repose sur des probabilités, elles peuvent donner un résultat très
plausible, mais complètement faux.
Virginie Mathivet précise : « Il est possible de modifier les réponses des LLM en les noyant avec de
fausses informations. Car la réponse que vous donne l’IA, c’est l’info qu’elle retrouve le plus. »
D’autant qu’aujourd’hui, la production de contenus trompeurs est devenue rapide, accessible et
massive.
« Ce n’est pas le LLM qui va avoir un procès »
Au-delà des outils, le fonctionnement de l’IA joue sur notre biais de confirmation. Eh oui, nous avons
tendance à privilégier les informations allant dans notre sens. « Les IA ont été faites pour être
d'accord avec nous. C’est ce que l’on appelle la sycophantie », explique l’experte. Un cercle vicieux
qui rend encore plus difficile la remise en question de l’information.
À ces biais s’ajoute un manque de réflexes critiques dans l’usage des outils. « La plupart des
personnes ne vont pas faire l’effort d’aller chercher la source de l’information. » Dans de nombreux
cas, les informations issues de l’IA sont acceptées telles quelles, sans vérification. Plus préoccupant
encore : « certaines n’ont même pas conscience que l’IA peut se tromper ». Ce défaut de vigilance
facilite la diffusion de contenus erronés au sein même des entreprises.
Virginie Mathivet ajoute : « Si une personne a utilisé des données fausses issues d’un LLM, ce n’est
pas le LLM qui va avoir un procès, c’est la personne. Donc, quand j’ai une responsabilité sur la
réponse, il faut s’assurer qu’elle est juste. »
« C’est un peu comme pour les premiers secours »
« Je pense qu’avant l’enjeu technologique, il y a l’humain. La tech suivra dans tous les cas. Mais
c’est à nous de nous adapter. » Pour Virginie Mathivet, cette adaptation réside dans
l’accompagnement des utilisateurs. La formation, en particulier à l’esprit critique, apparaît comme un
levier central.
Pour l’experte, cet apprentissage devrait être intégré aux programmes scolaires dès le primaire, puis
poursuivi au collège et au lycée. « C’est un peu comme pour les premiers secours. Il faut suivre une
grosse formation et faire des rappels régulièrement », image-t-elle.
« Il ne faut pas éduquer uniquement aux outils, comme Claude, ChatGPT ou Copilot. C’est la
formation à l’esprit critique qui est vitale ! Et aujourd’hui, le défi est immense puisque l’ensemble
de la population en a besoin. » Cependant, beaucoup d’entreprises ne considèrent pas encore ces
formations comme prioritaires.
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